« J’aime aussi penser qu’à chaque film qui m’a touché, et retenu, chacun pourra substituer ceux qui lui sont singulièrement proches. »

Raymond Bellour, Le corps du cinéma, P.O.L., Paris, 2009, p. 17

Le dernier flm de Jean-Marie Straub, commandé par le Centre Pompidou à l’occasion de l’Intégrale Huillet-Straub qui vient de commencer, est un film de chats… Lorsqu’un de ses chats pose allongé sur une chaise, nous entendons en off la voix du cinéaste qui dit : « Surtout, n’intervenez pas. » L’autoportrait a lieu au dernier plan. Nous y voyons Straub lui-même en train de caresser un autre chat. Je ne cache pas ma perplexité devant ce film. Pourtant, je ne peux pas dire que je ne l’aime pas.

« Il faudrait renvoyer ici au petit film consacré en 1998 à la pellicule elle-même par Yervant Gianikian et Angela Ricci-Lucchi, Transparenze : il ne filme, pendant 7 minutes, que divers aspects d’une pellicule d’archives en partie abîmée, déchirée ou dégradée, et il rend ainsi sensible la transparence fragile de ce mince gel chargé de traces des formes et des couleurs qu’il reçut pour les porter à l’écran (comme on dit en français pour parler d’une adaptation cinématographique de l’œuvre littéraire) : pour les porter sur la matière impalpable d’un faisceau lumineux traversant la transparence. – De manière générale, le travail de ce couple d’auteurs à partir de films d’archives retravaillés est lui aussi un travail sur l’image comme venue, comme montée ou comme souffle bien plus que comme représentation. »

Jean-Luc Nancy, The Evidence of Film / L’évidence du film, Bruxelles: Yves Gevaert Éditeur, 2001, p. 49