Cemetery of Splendour (Apichatpong Weerasethakul, 2015)

L’obscurité, les profondeurs et les secrets structurent le dernier film d’Apichatpong Weerasethakul, Cemetery of Splendour (Rak ti Khon Kaen, 2015). S’ils parviennent à nous toucher, c’est peut-être parce qu’ils sont de l’ordre d’un certain « hermétisme quotidien ». À croire Cyril Béghin,  Weerasethakul « organise ainsi son escamotage imaginaire. Autant dire que le roi, c’est lui. »(« La raison du sommeil », Cahiers du Cinéma, nº 714, septembre 2015, p. 34). Le réalisateur lui-même est un peu plus prudent, lorsqu’il affirme, dans l’entretien publié dans le même numéro de la revue : « je ne veux pas contrôler mes rêves. Je me contente de noter ce dont je me souviens au réveil. Et j’ai découvert que mes rêves étaient très ordinaires […] » (ibid., p. 36). Plutôt qu’un roi, Weerasethakul serait donc une sorte de passeur-transmigrateur. Le dialogue final entre Jen (Jengira Pompas) et Itt (Banlop Lomnoi) nous laisse entendre : « J’ai vu ton rêve », « Et j’ai vu le tien ». Mais un rêveur qui voit le rêve d’un autre est très loin de la révélation, et plus loin encore de la maîtrise (du roi). Le dialogue lui-même appartient au passage, et le passage est déjà une transformation (il ne faut pas oublier l’importance que dans ce film ont les machines, les tubes, les médiums, les miroirs, les temples, les fantômes et tant et tant d’autres moyens de transmission). Telle était la leçon du premier long-métrage de Weerasethakul, Mysterious Object at Noon (2000), brillant mélange de cadavre exquis et de métempsychose qu’on ne cite pas assez, lorsqu’on revient sur son travail. La « leçon » de son dernier film serait peut-être qu’il n’y a pas de mise-en-abîme possible entre le réveil et le sommeil, puisque aucun des deux ne contient l’autre. Il va falloir revoir mille fois la belle séquence de la promenade dans le parc-palais pour s’en convaincre.

En salles depuis le 2 septembre 2015

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