La vengeance d’une femme (Rita Azevedo Gomes, 2012)

Rita Azevedo Gomes signe cette belle adaptation d’une des nouvelles qui composent Les Diaboliques (1874) de Jules Barbey d’Aurevilly. La vengeance d’une femme (A vingança de uma mulher, 2012) est un film d’une extraordinaire complexité, des points de vue narratif, musical ou de la mise en scène. Il présente, par exemple, trois traitements de l’espace. Le premier est visiblement artificiel, avec les décors construits en studio et les toiles peintes du fond. Le deuxième est plutôt naturel : les ruelles que le protagoniste, Roberto (Fernando Rodrigues), parcourt d’abord en compagnie de la Duchesse (Rita Durão) et depuis lesquelles, plus tard, le dandy lèvera son regard vers le ciel étoilé. (Une de ces vieilles rues en pente, celle qui mène vers une grande porte en grille, réapparaît à la fin du film accompagnée de la dédicace à João Benard da Costa, cinéphile portugais qui, sous le pseudonyme de Duarte de Almeida, a joué dans plusieurs films d’Oliveira et de Monteiro.) Le troisième traitement de l’espace est celui du studio mis à nu, ouvert comme un masque qui serait tombé (sans rien révéler derrière lui), ainsi que la réalisatrice l’a expliqué le 19 novembre 2014, après la projection du film au cinéma Les 3 Luxembourg. D’un espace à l’autre, le passage d’un enfant (António Azevedo Gomes) rétablit l’énigme de la narration là où l’on croirait comprendre que le film n’aborde que l’artifice ou bien la révélation de la mise en scène. La logique scénique n’étouffe pas la narration — de même que celle-ci n’explique pas entièrement les choix de la mise en scène. À un moment donné, la Duchesse regarde le dandy Roberto à travers le trou carré ouvert dans un rideau. Quelques minutes plus tard, peu avant que le centre d’intérêt ne se déplace entièrement vers elle, elle sera à son tour cadrée à l’intérieur du cadre : sur son visage en gros plan se projette un carré de lumière qui invertit d’une certaine façon sa position face au dandy. Qui raconte alors son histoire ? Qui regarde de l’autre côté du rideau ?

Au cinéma Les 3 Luxembourg depuis le 19 novembre 2014 (attention : seules quelques séances ont été programmées)

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