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Archivos Mensuales: octubre 2014

« En tournant L’Enfance nue, je pensais au Goûter de Bébé. Lumière filmait-il la réalité ? Je ne le pense pas. Dans ses films, des hommes et des femmes captés par un appareil dont ils ne connaissaient rien, cédaient un instant de leur vie et depuis lors tous les comédiens ont fait de même. Sur le plan du fantastique, Lumière dépasse Méliès. Ces gens, sans le savoir, regardent leur vie. Tout le cinéma est là, dans ce vol de l’existence, dans cette exorcisation de la mort. Ce cinéma est onirique. Les sorties des usines Lumière rejettent au loin les fades ébauches d’un Fellini. Cette esthétique donne la définition du cinéma : une alchimie, une transformation du sordide en merveilleux, du commun en exceptionnel, du sujet filmé en instant de mort. Voilà ce qu’est pour moi le réalisme. »

Maurice Pialat, quoted by Pascal Mérigeau in Pialat, Ramsay Poche Cinéma, 2007, pages 62-63

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Tuer un homme (Matar a un hombre, 2014) n’est pas très loin du précédent film du réalisateur, Près du feu (Sentados frente al fuego, 2011), du moins en ce qui concerne certaines décisions de la mise en scène. La distance que celle-ci impose, malgré une musique parfois trop présente, réussit à désubjectiviser une narration qui elle-même porte sur une situation de violence psychologique. Le résultat est remarquable : on reconnaît un schème générique très typique – une famille moyenne menacée par des éléments marginaux de la société – et, pourtant, rien dans le film ne permet d’établir avec netteté la frontière entre l’intérieur et l’extérieur ou entre la protection et la menace. L’indifférence avec laquelle ces éléments antagoniques coexistent à l’intérieur du cadre ne se brise presque jamais, sauf peut-être au moment du dernier plan, lorsque s’annonce, sans finalement se produire, le seul contrechamp du film.

En salles depuis le 1er octobre 2014