« Comme l’Amérique, le cinéma fut découvert à plusieurs reprises : une main d’homme des cavernes appliquée sur une surface claire et recouverte d’une poudre rouge et brillante, première reproduction mécanique d’images ; les simulateurs (démons aériens sémi-transparents, décrits par Hermès Trismégiste) ; les ombres, pré et post-platoniciennes ; le Golem ; le théâtre de miroirs d’Athanasius Kircher ; le brouillard des Highlands, qui reproduit plus grandes que nature les images des passants, évoqué par James Hoog dans ses Confessions d’un pêcheur justifié ; le ciel au-dessus du port de Punta Arenas au Chili où se réfléchissent des images inversées de la ville telle qu’elle écrit un demi-siècle plus tôt ; le Fantascope de Robertson ; les papillons magiques de Coney Island. Tout cela préfigure le cinéma. Au début de notre siècle, ces inventions ont convergé vers le cinéma, lequel s’est immédiatement désintégré dans l’industrie. Comme l’Amérique aussi, le développement du cinéma allait emprunter deux voies distinctes : celle de l’industrie et celle de l’utopie. »

 Raúl Ruiz, Poétique du cinéma, Dis Voir, 2005, page 71

 

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