Comrades (Bill Douglas, 1986)

Étrange artefact que ce film délicat, précis et vivant : Comrades (1986), de Bill Douglas. On sait que le réalisateur écossais s’était voué aux recherches sur la naissance du cinéma, cet événement dont la date n’a jamais pu être établie, et que, au moment de sa mort, il projetait de réaliser un film sur Muybridge. Ce n’est donc pas un hasard que la première image de Comrades soit un éclipse – ou bien la fermeture du diaphragme d’une caméra, ou d’une lanterne magique, ou d’un œil de lumière se projetant sur un diaporama –, et qu’elle soit immédiatement suivie d’une scène, dans laquelle des paysans détruisent une machine agraire – un peu à la manière de Ned Ludd. La tension est énorme : entre la technique industrielle et le travail artisanal, ou bien entre la grande histoire des martyrs de Tolpuddle et les digressions des vies singulières. Mais cette tension constitue l’énorme beauté du film, ainsi que sa portée politique. L’attention prêtée aux moments vécus est, dans Comrades, profondément solidaire de l’obsession pour les dispositifs de l’image et du récit. Le conflit, tel que Bill Douglas le présente, se résume dans le dialogue d’un jeune couple, à qui la pauvreté empêche d’avoir des enfants : « I know times are hard, but I’m not getting any younger », dit-elle. Et son mari lui répond : « We are the most beautiful people in the world. » La naissance du mouvement ouvrier et celle du cinéma, sous la bannière du Remember Thine End – pour ne pas nous faire oublier que, aujourd’hui comme hier, les réductions du salaire ne s’attaquent à aucun luxe et que ce n’est pas la charité qui peut mettre un frein aux causes qui les produisent.

En salles depuis le 23 juillet 2014

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