Sunhi (2013), de Hong Sang-soo

Du dernier travail de Hong Sang-soo, Sunhi (U ri Sunhi, 우리 선희, 2013) on peu retenir, par exemple, l’étrange effet de précision que produit la répétition, quelques séquences après le début du film, de la première image (contre-plongée sur la cime de quelques arbres qui cachent le soleil et un bâtiment), la deuxième fois ponctuée par un bref zoom avant. Suivant ce modèle, ce film particulièrement économe (une dizaine de localisations pour à peu près vingt séquences et six acteurs), se structure grâce à la réitération de motifs identiques mais à chaque fois légèrement déplacés. C’est le cas des cinq ou six phrases que chacun des trois amoureux de Sunhi (jouée par Jung Yumi, la plus intense et précise des actrices de Hong) répète pour la décrire, sans soupçonner que chaque mot est toujours emprunté à un de ses concurrents. Outre ces trois satellites autour de Sunhi – qui l’éclipsent au point qu’elle finit par répéter les phrases vides qu’elle entend : “je suis corageuse” ou “si je creuse, je découvrirai le fond” – , deux autres personnages rendent compte de l’architecture du film, à la fois évidente et insaisissable : la propriétaire du bar Arirang qui, dans les deux séquences où elle apparaît, fait à peu près la même chose (commander du poulet et mettre la chanson Home de Choi Eunjin) et Sunwoo (Lee Minwoo), le collègue de Sunhi qu’elle rencontre au début. La troisième et dernière fois qu’on le voit, c’est depuis la fenêtre du restaurant Hotsun Chicken : il fait le même chemin que Munsu (Lee Sunkyun, un autre habituel des films de Hong) mais il ne s’arrête pas et, tel un astéroïde, il disparaît du film, produisant à la fois une variation et une interruption de la répétition. L’effet surprenant que produit une telle méthode s’explique peut-être parce que la poétique de Hong, très radicale, se situe au même niveau que les variations superficielles et les fausses symétries qu’elle produit. En tout cas, Sunhi confirme que le cinéma de Hong, tout en étant rigoureusement semblable à soi-même, reste toujours imprédictible (il suffit de revoir les films pour s’en convaincre).

Sortie le 9 juillet 2014.

Voici une vidéo de Choi Eunjin interprétant la chanson qu’on entend dans le film :

Et la bande-annonce du film, qui pourrait être considérée comme un essai sur certains des aspects que j’ai évoqués :

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(En español: sobre Hong Sang-soo he publicado algunos apuntes en El Cuaderno 50, p. 28)

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