Deux jours, une nuit (2014), de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Il est encore nécessaire d’aborder des sujets comme celui de Deux jours, une nuit (2014), où nous suivons – littéralement – Sandra (Marion Cotillard) à la recherche de ses collègues de travail. Elle veut leur demander un par un s’ils accepteraient de perdre leur prime annuelle de 1000€ pour qu’elle puisse garder son poste. Cette alternative perverse, imposée par le patron de l’usine (“la crise et la délocalisation en Asie m’obligent à prendre certaines décisions”, dit-il, oubliant le fait que Sandra vient de se rétablir d’une longue dépression et que l’argument présenté par le contre-maître pour convaincre les salariés de préférer leur prime est que, après sa maladie, elle serait moins performante), conduit à chacun des personnages à contourner le problème. Lorsque Sandra leur dit qu’elle n’a pas choisi de rester au prix de leur prime, ils répondent “moi non plus, je ne l’ai pas choisi”. Et lorsque eux ils disent qu’ils n’ont pas choisi de garder leur prime pour qu’elle perde son poste, elle répond “moi non plus, je ne l’ai pas choisi”. L’approche de ce problème par les Dardenne est encore une fois juste. Pour éviter de se piéger dans le “moi non plus” de la mise en scène, ils entre-tissent des liens de “solidarité” (entre les personnages et entre les images) avec le fil même de la précarité qu’ils filment. En effet, le film ne se tient pas simplement entre la stabilité aliénante (un des pôles du “moi non plus”) et la dépression (l’autre pôle de ce “moi non plus” – la catastrophe), mais il suit de près la précarité de cette alternative, sans la trahir. C’est dans la distance subtile qu’il garde face à son problème que ce cinéma est encore “réaliste” et que son approche est plus importante que jamais.

En salles le 21 mai 2014.

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