Les trois sœurs de Yunnan (2012), de Wang Bing

Dans Les trois sœurs de Yunnan (三姊妹, 2012), l’image habite à côté des personnes et des animaux d’un petit village à 3 200 mètres d’altitude. Elle demeure dans leur maison et marche sur la même boue qu’eux, elle se fatigue avec eux, elle avance dans le brouillard persistant des montagnes. Elle s’intéresse aux gestes quotidiens, mais sans poser trop des questions. Le corps de l’image (se confonde-t-il avec celui de la caméra ou de l’homme qui la tient ?) est en permanence à la hauteur de ce qui se donne à filmer. La résistance à styliser se traduit dans la durée de plans, dans l’absence de scènes au sens dramatique ou dans les hésitations du cadre. Ce regard ne veut plus juger, l’endroit où il se trouve le contraint à une simplicité que, à tort ou pas, nous assignons souvent à la misère paysanne. Mais le geste de Wang Bing n’a jamais été de s’élever sur la misère des personnages, qu’il ne nie pas pour autant. Il reconnaît l’avoir vue, cette misère, la première fois qu’il est allé chez les trois sœurs : « En arrivant là, j’ai eu l’impression d’étouffer. C’était la première fois que j’étais témoin d’une telle pauvreté », explique-t-il dans le très recommandable livre d’entretiens avec Emmanuel Burdeau et Eugenio Renzi, Alors la Chine (Les prairies ordinaires, 2014, p. 138-139). À la question « Que vous apporte le cinéma, à vous, dans votre vie ?, Wang Bing répond : « La pauvreté ! Le cinéma me rend de plus en plus pauvre. » (p. 149) Peut-être ce film ne raconte-t-il que ça ?

Sortie le 16 avril 2014.

On pourra également voir jusqu’au 16 mai, au Forum -1 du Centre Pompidou, la correspondance filmée entre Wang Bing et Jaime Rosales, ainsi que trois films du réalisateur chinois : Père et fils (2014), Traces (2014) et le film Crude Oil (2008), d’une durée de 14 heures.

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